Textes

Les œuvres de Ninon Hivert, chuchotent, plus qu’elles ne parlent, d’un réel où le sensible se remarque en de petits changements, imperceptibles ? Peut-être pas, si l’on fait confiance au regardeur. Libre à lui de d’abord se laisser faire par l’artifice puis de rentrer, comme pris au piège, dans le pourquoi de la redite de l’objet.

Ici, on devient pour un instant narcisse, qui ne se serait pas noyé mais aurait buté sur son double, évitant une fin tragique.

Ainsi, obligé de regarder ce qui d’habitude nous dépasse, on en vient à repenser une chute de tissu, ou un pneu pour lui accorder l’importance d’un maillon de cette chaîne qui fait notre environnement quotidien, et notre vie. Des éléments rebus, à la fois décor et fond, des éléments des corps, en somme, puisqu’ils symbolisent des extensions de nos êtres, trop souvent vouées à l’oubli en dehors de leur fonction. Le vrai se mêle du faux et inversement, sans affirmer la suprématie de l’un sur l’autre.

Il faut donc s’attarder, et lézarder dans les variations de cet art caméléon pour y distinguer les nuances des écailles lorsqu’elles se parent de leurs attraits, des écailles qui peuvent prendre la forme d’une peinture, d’une sculpture ou d’un objet manufacturé en fonction des nécessités du sujet.

Mais le geste de reconstruire le réel sans sa fonction n’a qu’un seul but, déconstruire celui-ci en une inutilité de l’art.

Jacques BIVOUAC